Scanner son corps entier pour détecter des maladies avant les premiers symptômes. Longtemps réservé à une élite, le body-scanning préventif devient un marché en pleine explosion, porté par une vague de startups et des technologies de rupture : IRM corps entier, capteurs optiques sans radiation, balances connectées multi-biomarqueurs. Entre promesses cliniques, engouement des investisseurs et flou réglementaire, tour d’horizon d’une industrie qui veut changer notre rapport à la prévention.

Quatre approches technologiques pour un même objectif

Le body-scanning préventif n’est pas une technologie unique. Derrière ce terme générique se cachent au moins quatre approches radicalement différentes, qui reflètent l’état d’effervescence du secteur.

L’IRM corps entier. Portée par la startup américaine Prenuvo, cette approche utilise un appareil d’IRM (imagerie par résonance magnétique) pour scanner l’intégralité du corps en moins d’une heure, sans radiation et sans produit de contraste. Le coût : environ 2 500 dollars par examen. Prenuvo a obtenu en 2026 un feu vert FDA pour son rapport de composition corporelle assisté par IA et a lancé un programme d’abonnement pour un suivi année après année. L’IRM permet de détecter plus de 500 pathologies potentielles, des tumeurs aux anévrismes.

Les capteurs optiques et physiologiques. C’est l’approche de Neko Health, la startup fondée par Daniel Ek (Spotify) et Hjalmar Nilsonne. Pas d’IRM ni de rayons X : la société utilise des centaines de capteurs optiques, thermiques et électrophysiologiques pour cartographier le corps. Le scan, proposé à 299 livres sterling au Royaume-Uni, analyse la circulation sanguine, la composition corporelle, la peau, le rythme cardiaque et des dizaines d’autres biomarqueurs. Avec 700 millions de dollars levés en juillet 2026 et une valorisation de 7 milliards, Neko Health est la startup la mieux financée du secteur.

L’IA générative appliquée à l’imagerie. Midjourney, connu pour son générateur d’images, a surpris tout le monde le 18 juin 2026 en dévoilant le Midjourney Scanner, un scanner corps entier utilisant un principe radicalement différent : l’utilisateur descend dans un bassin d’eau peu profond, et l’IA reconstruit une cartographie 3D du corps à partir de capteurs acoustiques et optiques. Le résultat en une minute, sans radiation. Mais l’appareil n’a obtenu aucune certification médicale et reste un dispositif expérimental.

Le body-scanning à la maison. Withings a présenté au CES 2026 le Body Scan 2, une balance connectée qui analyse plus de 60 biomarqueurs en 90 secondes : composition corporelle, impédancemétrie segmentée, ECG, fréquence cardiaque. L’appareil a reçu trois scores de risque IA pour le diabète, l’hypertension et l’insuffisance cardiaque. Un positionnement plus accessible (quelques centaines d’euros) mais qui pose aussi la question des seuils d’alerte et du suivi médical en l’absence de professionnel de santé.

Quelles preuves scientifiques ?

La question centrale reste celle des preuves. Si les technologies sont impressionnantes, leur capacité à améliorer réellement la santé à grande échelle n’est pas encore démontrée par des études contrôlées.

Neko Health communique sur ses premiers résultats : trois quarts des patients ayant été identifiés avec une pathologie grave lors d’un premier scan sont revenus en bonne santé au second contrôle, et cinq biomarqueurs sur sept montrent une amélioration significative entre deux examens. Des chiffres qui suggèrent un effet combiné du dépistage précoce et du suivi. Mais l’échantillon reste modeste et autodéclaré. Prenuvo, de son côté, met en avant ses données cliniques accumulées sur plusieurs années d’exploitation aux États-Unis. L’entreprise revendique la détection de milliers de pathologies asymptomatiques qui auraient pu passer inaperçues. La communauté médicale reste partagée : certains voient dans ces approches une révolution de la prévention, d’autres dénoncent un risque de surdiagnostic et d’anxiété inutile chez des patients asymptomatiques. Les agences de santé, prudentes, n’ont pas encore produit de recommandations spécifiques sur le body-scanning préventif de masse.

Un marché porté par des levées de fonds record

Le secteur du body-scanning attire des montants qui témoignent de l’appétit des investisseurs pour la santé préventive. En juillet 2026, Neko Health a bouclé une série C de 700 millions de dollars portée par Lightspeed Venture Partners et O.G. Venture Partners, après une série B de 260 millions en janvier 2025. Prenuvo a levé plusieurs centaines de millions depuis sa création, avec des investisseurs de premier plan. Le marché mondial de la santé numérique, estimé à 490 milliards de dollars en 2026, devrait dépasser les 2 350 milliards d’ici 2034 selon les projections. Le segment spécifique du dépistage préventif par imagerie et capteurs en représente une fraction encore infime mais à la croissance la plus rapide, avec une multiplication par cinq du nombre de cliniques de body-scanning aux États-Unis entre 2024 et 2026.

Quelle réglementation pour ces nouveaux dispositifs ?

Le cadre réglementaire est le principal point d’interrogation. Chaque approche soulève des enjeux différents. Les dispositifs de type Prenuvo (IRM) sont encadrés comme des dispositifs médicaux de classe II ou III : ils doivent obtenir un marquage CE en Europe et une autorisation FDA aux États-Unis. Prenuvo a d’ailleurs obtenu un feu vert FDA pour son module d’IA en 2026. Les systèmes comme Neko Health se situent dans une zone grise : l’analyse multimodale de capteurs peut être présentée comme un service de bien-être, mais dès qu’elle produit des éléments diagnosticables (anomalies cardiaques, lésions cutanées), elle tombe sous le coup de la réglementation des dispositifs médicaux. Neko Health dispose de certifications CE pour certains de ses capteurs.

Le Midjourney Scanner, en revanche, n’a pour l’instant aucun marquage réglementaire et n’est pas présenté comme un dispositif médical. L’AI Act, dont les dispositions pour les systèmes d’IA à haut risque entrent en vigueur le 2 août 2026, pourrait avoir un impact direct sur ces dispositifs s’ils sont utilisés dans un contexte de décision clinique (comme esante.info l’a détaillé dans son article sur l’AI Act santé).

En France, le cadre du règlement européen des dispositifs médicaux (MDR 2017/745) s’applique. Deux décrets d’avril 2026 ont renforcé les exigences pour les DM numériques et les logiciels de santé. Mais l’absence de nomenclature spécifique au « dépistage préventif hors prescription » crée un angle mort réglementaire.

Le body-scanning arrivera-t-il en France ?

Aucune de ces startups n’a encore annoncé de déploiement en France. Neko Health ouvre à New York, Prenuvo reste centré sur les États-Unis, Withings est le seul acteur français présent sur ce segment avec Body Scan 2 (fabrication française, certification CE). L’arrivée en France se heurte à plusieurs obstacles : le coût (un scan Prenuvo à 2 500 dollars n’est pas pris en charge par la Sécurité sociale), les conditions d’exercice (un acte d’imagerie sans prescription médicale interroge le code de la santé publique), et l’absence de cadre définissant ce qui relève du bien-être versus du diagnostic. Plusieurs chaînes de radiologie privées françaises observent le mouvement avec attention, et certaines pourraient être tentées d’ajouter des offres préventives à leur catalogue. Mais le marché français reste à construire, et les opérateurs attendent un signal réglementaire clair avant d’investir massivement.

Un marché en pleine effervescence, des technologies convergentes et des questions réglementaires qui restent ouvertes : le body-scanning préventif cristallise à lui seul tous les enjeux de la santé numérique en 2026. Reste à savoir si les preuves scientifiques suivront le rythme des levées de fonds.

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