Depuis le 5 juin 2026, un médecin japonais peut prescrire un jeu vidéo sur ordonnance à un enfant atteint de TDAH. L’assurance maladie le rembourse. L’essai mené au Japon a atteint son objectif sur une échelle clinique de symptômes, mais l’ampleur du bénéfice reste inconnue.
En résumé
Le Japon fait entrer une application de jeu dans le parcours de soins du TDAH de l’enfant, avec une ordonnance et un prix de remboursement.
1. Une prescription, un remboursement. Shionogi commercialise ENDEAVORRIDE depuis le 5 juin 2026. La presse médicale japonaise donne un prix de remboursement de 14 500 yens par patient.
2. Un essai qui a visé le symptôme. L’étude de phase 3 a inclus 164 enfants de 6 à 17 ans, déjà pris en charge par ailleurs. Le groupe équipé de l’application progresse davantage à six semaines sur l’échelle ADHD-RS-IV.
3. Un chiffre manque encore. Le laboratoire publie un seuil statistique, pas un nombre de points gagnés. Aux États-Unis, la même technologie avait amélioré un test d’attention sans faire bouger les échelles de symptômes.
Un jeu vidéo sur ordonnance, vingt-cinq minutes par jour
L’application s’appelle ENDEAVORRIDE, code de développement SDT-001. Elle vient du laboratoire américain Akili, installé à Kirkland dans l’État de Washington. Shionogi en détient les droits exclusifs au Japon et à Taïwan, au titre d’un accord annoncé en mars 2019. Le groupe d’Osaka a obtenu son autorisation de mise sur le marché en février 2025, et l’a lancée le 5 juin 2026.
Le produit relève du statut de logiciel dispositif médical. Shionogi décrit une double tâche calibrée sur le niveau de chaque patient, qui vise à solliciter le cortex préfrontal. Un article de vulgarisation japonais détaille le geste. L’enfant pilote un personnage en inclinant sa tablette, et doit toucher l’écran quand une cible précise apparaît. Le jeu ajuste sa difficulté en continu.
Le protocole tient en vingt-cinq minutes par jour pendant six semaines, selon la presse médicale japonaise. C’est court, et c’est encadré. L’application se prescrit, s’accompagne d’un suivi médical, et se rembourse. Les revues qui suivent les décisions de prix japonaises rapportent un tarif de 14 500 yens, assorti d’une prime d’utilité de 5 %. La commission des prix aurait retenu environ la moitié de ce que l’industriel demandait.
Le repère · Deux façons de mesurer l’attention
L’ADHD-RS-IV est une échelle de symptômes. Elle compte 18 questions sur la fréquence des comportements de l’enfant, chacune notée de 0 à 3. Un clinicien la cote à partir des observations des parents. Neuf questions portent sur l’inattention, pour un score allant de 0 à 27. Plus le score est élevé, plus les symptômes sont marqués.
Le TOVA est un test informatisé d’attention soutenue et sélective. Le patient réagit à des stimuli sur un écran, et l’ordinateur calcule un indice de performance. Akili le présente comme un test autorisé par l’agence américaine du médicament dans le TDAH.
Ce qu’il faut retenir : le premier décrit ce que la famille observe au quotidien, le second mesure une performance en laboratoire. Un traitement peut faire bouger l’un sans faire bouger l’autre. C’est exactement ce qui s’est produit aux États-Unis.
L’essai japonais a visé plus haut que l’américain
Le choix du critère principal mérite d’être salué. Shionogi a construit son essai autour du score d’inattention de l’ADHD-RS-IV, mesuré à six semaines. Les 164 enfants inclus recevaient tous les prises en charge habituelles, aménagements de l’environnement et accompagnement psychosocial. Le groupe qui utilisait l’application s’améliore davantage que le groupe témoin, avec un seuil de significativité inférieur à 0,05.
Le contraste avec le dossier américain est net. L’essai qui a ouvert la porte de la FDA en 2020 portait sur 348 enfants, et il a été publié dans The Lancet Digital Health. Son critère principal était l’indice d’attention du TOVA, qui progresse de 0,93 point contre 0,03 dans le groupe témoin. Les auteurs signalent l’absence de différence entre les deux groupes sur les critères secondaires, échelle ADHD-RS comprise.
La conséquence se lit encore dans l’indication américaine. Le fabricant y précise que le produit améliore la fonction attentionnelle mesurée par test informatisé. Il ajoute que le bénéfice peut ne pas apparaître sur les symptômes comportementaux classiques. Le laboratoire japonais, lui, est allé chercher le symptôme observé par les parents. Il l’a trouvé.
De combien ? Le communiqué ne le dit pas
Reste le point qui manque, et il est central. Un seuil de significativité indique un sens, pas une taille. Sur une sous-échelle graduée de 0 à 27, un point d’écart et six points d’écart franchissent le même seuil. Un seul des deux change une journée de classe.
Le communiqué de Shionogi ne donne ni la variation moyenne dans chaque groupe, ni l’écart entre les deux. Rien n’est dit non plus sur ce qu’il advient de l’effet après l’arrêt du protocole. L’essai de phase 3 ne semble pas encore avoir été publié dans une revue à comité de lecture. Pour un produit prescrit à des enfants et remboursé, cette publication est ce qui manque au dossier. Elle lèverait la réserve en une page.
Le précédent américain, un avertissement économique
L’autre inconnue est commerciale, et elle a un précédent documenté. Akili a obtenu son feu vert américain en 2020, puis s’est introduit en Bourse en 2022. La valorisation approchait alors le milliard de dollars, selon STAT News. Le décrochage a suivi. Un trimestre à 383 000 dollars de revenus pour près de 11 millions de pertes opérationnelles, rapporte la presse pharmaceutique. La société a fini rachetée pour 34 millions de dollars en 2024 par Virtual Therapeutics.
Une autorisation réglementaire ne crée pas un usage. Il faut des médecins qui prescrivent, des familles qui installent, des enfants qui tiennent six semaines. Le Japon part avec un atout que les États-Unis n’avaient pas. Le remboursement est inscrit, donc le circuit de prescription est lisible pour le praticien. Le prix consenti reste prudent, à peu près la moitié de la demande initiale. Les chiffres de prescription et de poursuite à douze mois diront si le circuit fonctionne.
Ce que la France peut en retenir
Le pays avance sur le même terrain, par une autre porte. En avril 2026, la Haute Autorité de santé a rendu un premier avis favorable au remboursement de droit commun d’une thérapie numérique. Il s’agit de Joe, destiné aux enfants asthmatiques de 7 à 11 ans. Le même dispositif avait essuyé un avis défavorable en 2025, faute de données suffisantes, en prise en charge anticipée. L’étude en cours a fini par fournir les résultats attendus.
Une autre thérapie pédiatrique suit ce chemin. Poppins Clinical, destinée aux enfants dyslexiques de 7 à 11 ans, a obtenu un avis favorable en prise en charge anticipée. La presse spécialisée attend l’arrêté à l’automne 2026. Aucun équivalent français n’existe pour le TDAH.
Le Japon vient de fournir un cas d’école aux évaluateurs européens. Une application de jeu, un essai contrôlé qui atteint son objectif sur une échelle clinique, un prix négocié à la baisse. Il manque le nombre de points gagnés, et c’est précisément ce que la commission française demanderait en premier. La publication de l’essai japonais est le prochain rendez-vous à surveiller.
Qu’est-ce qu’ENDEAVORRIDE ?
C’est une application de jeu prescrite par un médecin, destinée aux enfants et adolescents de 6 à 17 ans atteints de TDAH. Elle vient en complément des prises en charge habituelles. Développée par la société américaine Akili, elle est commercialisée au Japon par Shionogi depuis le 5 juin 2026.
Le jeu vidéo sur ordonnance remplace-t-il un traitement du TDAH ?
Non. Shionogi le présente comme un traitement d’appoint. Dans l’essai japonais, les 164 enfants inclus poursuivaient tous les aménagements et l’accompagnement psychosocial dont ils bénéficiaient déjà.
Une application équivalente est-elle disponible en France ?
Non. Aucune thérapie numérique n’est remboursée en France pour le TDAH. Deux dispositifs pédiatriques progressent sur d’autres indications, Joe pour l’asthme et Poppins Clinical pour la dyslexie.
Les sources
- Shionogi, communiqué du 5 juin 2026, lancement d’ENDEAVORRIDE au Japon.
- Kollins S. et al., A novel digital intervention for actively reducing severity of paediatric ADHD (STARS-ADHD), The Lancet Digital Health, 2020.
- Haute Autorité de santé, premier avis favorable au remboursement d’une thérapie numérique, 2 avril 2026.
- STAT News, rachat d’Akili par Virtual Therapeutics, 29 mai 2024.
- Nikkei Medical et regulatory-j.com, prix de remboursement et décision de la commission des prix, mai et juin 2026.






























