Aux États-Unis, l’Utah autorise une intelligence artificielle à renouveler des ordonnances sans aucun médecin. Lancé en janvier 2026 avec la start-up Doctronic, ce programme pilote permet à une IA de gérer le renouvellement de 190 médicaments courants pour les patients atteints de maladies chroniques. Les 250 premières prescriptions sont vérifiées par des humains, puis l’IA opère en totale autonomie. Une proposition de loi déposée à la Chambre des représentants vise même à reconnaître l’IA comme « praticien habilité à prescrire ». Une première mondiale qui fait débat.

Première mondiale : l’Utah ouvre la porte à la prescription automatisée

L’État de l’Utah, bastion conservateur américain souvent pionnier en matière de dérégulation technologique, a lancé un programme pilote qui autorise la start-up Doctronic à déployer un système d’intelligence artificielle capable de renouveler des ordonnances pour des maladies chroniques. Aucun médecin n’intervient dans la boucle de validation.

Le processus est entièrement dématérialisé : le patient se connecte sur une plateforme qui vérifie sa localisation dans l’État, consulte son historique de prescriptions et lui soumet une liste de médicaments éligibles au renouvellement. L’IA pose les questions cliniques habituelles, et si elle estime le renouvellement justifié, transmet l’ordonnance directement à la pharmacie. Coût : 4 dollars par ordonnance.

99,2 % de concordance : un chiffre à interroger

Doctronic communique un chiffre choc : sur 500 cas tests, l’IA aurait adopté le même plan de traitement que des médecins dans 99,2 % des cas. « L’IA est en réalité plus performante que les médecins dans ce domaine », affirme le Dr Adam Oskowitz, cofondateur de l’entreprise et professeur à l’Université de Californie à San Francisco.

Ces chiffres méritent toutefois d’être pris avec précaution. Les 500 cas tests portaient sur des soins d’urgence, et non sur le suivi au long cours de maladies chroniques. Le programme est d’ailleurs limité à 190 médicaments courants, avec une liste noire explicite : antalgiques, traitements du TDAH et injectables en sont exclus. Doctronic affirme avoir souscrit une police d’assurance inédite couvrant son IA au même niveau de responsabilité qu’un médecin.

L’American Medical Association monte au créneau

Sans surprise, l’initiative suscite une opposition frontale des organisations médicales américaines. Le Dr John Whyte, PDG de l’American Medical Association (AMA), met en garde : « Bien que l’IA offre des possibilités illimitées pour transformer la médecine, sans l’apport des médecins, elle présente des risques sérieux pour les patients. »

Trois risques majeurs sont identifiés par les détracteurs : le risque de détournement par des personnes dépendantes, le risque de sous-détection d’interactions médicamenteuses ou de changements d’état clinique, et la question de la responsabilité légale en cas d’erreur.

Une proposition de loi pour fédéraliser le modèle

Au-delà de l’Utah, une proposition de loi a été déposée à la Chambre des représentants. Elle prévoit que les technologies d’IA soient reconnues comme « des praticiens habilités à prescrire », à condition d’être autorisées par l’État et approuvées par la FDA. Doctronic est déjà en discussion avec le Texas, l’Arizona et le Missouri pour étendre son modèle.

Et en France : l’IA Act européen ferme la porte

En France, un tel scénario est impossible dans l’état actuel du droit. La prescription est strictement réservée aux professionnels de santé habilités. L’IA Act européen, entré en vigueur en 2026, classe les systèmes d’IA médicaux comme « à haut risque », soumis à certification et surveillance humaine. Mais le débat reste ouvert : face aux déserts médicaux, le modèle américain pourrait un jour inspirer des expérimentations, même encadrées, sur le sol européen.

Les résultats du programme de l’Utah seront scrutés de près par les régulateurs du monde entier. Si la proposition de loi fédérale est adoptée, ce n’est plus un État conservateur qui expérimente, mais les États-Unis tout entiers qui reconnaîtraient l’IA comme un prescripteur à part entière. Une révolution dont les conséquences éthiques, médicales et juridiques restent à écrire.

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