Doctolib va utiliser vos données de santé pour entraîner son IA dès août 2026. Le 8 juillet, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux a envoyé un email à ses 70 millions d’utilisateurs pour annoncer la création d’un laboratoire de recherche en IA clinique. Les données personnelles des patients seront mises à contribution par défaut, avec possibilité de refus. Une annonce qui suscite une vive inquiétude sur les réseaux sociaux, renforcée par la présence de géants américains (Anthropic, Google, Amazon, Microsoft) parmi les sous-traitants.

Un laboratoire de recherche IA lancé en août

C’est par un email à l’objet prudent (« Doctolib s’engage dans la recherche pour améliorer la santé ») que la licorne française a officialisé son projet le 8 juillet. À compter d’août 2026, Doctolib ouvrira un laboratoire de recherche en intelligence artificielle destiné à développer des modèles et des agents IA spécialisés dans le domaine de la santé.

L’objectif affiché est ambitieux : repérer plus tôt certains risques de santé, améliorer la prise en charge des patients tout au long du parcours de soins et, à terme, automatiser des tâches comme la prise de notes de consultation ou la génération de comptes rendus. Un assistant IA à 79 euros par mois, destiné aux médecins, est d’ailleurs déjà en préparation.

Mais pour y parvenir, Doctolib a besoin de données… beaucoup de données. Et ce sont celles de ses utilisateurs qui seront sollicitées : données démographiques, informations de santé, et possiblement enregistrements de consultations.

Opt-out : vos données utilisées par défaut

Le point le plus controversé du dispositif est son caractère automatique. Doctolib a opté pour un système d’opt-out : les données des patients sont intégrées au projet de recherche par défaut. Ce n’est qu’en effectuant une démarche active (via un formulaire dédié ou en écrivant à l’adresse dédiée) que l’utilisateur peut s’y opposer.

« Cela empêchera toute utilisation future de vos données, sans aucun impact sur votre accès aux services de Doctolib, ni sur votre parcours de soins », précise la plateforme dans son email. Il est également possible de demander la suppression de ses données, mais uniquement avant la finalisation des recherches, « afin de préserver la validité scientifique du projet ».

Doctolib invoque la méthodologie de référence MR004 définie par la CNIL, qui encadre la recherche en santé et garantit la protection des données personnelles. Un cadre réglementaire solide sur le papier, mais qui n’apaise pas les craintes.

Des géants américains dans la chaîne de traitement

Ce qui alimente la polémique, c’est la présence d’acteurs américains parmi les sous-traitants de Doctolib. Dans l’annexe de sa politique de protection des données, l’entreprise française liste en effet plusieurs géants de la tech :

Sous-traitantRôle
AnthropicModèle LLM pour analyse et création de contenu
Google (Gemini)Assistant IA pour traitement des données
AmazonAutomatisation de la prise de notes
MicrosoftTraitements et analyses de données

Doctolib assure que les données restent stockées sur le continent européen, mais l’accès par ces géants de la tech soulève des questions de souveraineté sanitaire. Un sujet particulièrement sensible en France, où le débat sur l’hébergement des données de santé (label HDS) et la souveraineté numérique est récurrent.

Une couverture médiatique et une inquiétude grandissante

La nouvelle a provoqué une vague d’inquiétude sur les réseaux sociaux, certains craignant de voir « les données des patients livrées aux géants américains de l’IA ».

Cette polémique illustre une tension croissante dans le monde de la e-santé : comment concilier l’innovation par l’IA (dont les soignants sont très demandeurs (75 % y voient une aide à la rédaction selon le baromètre PulseLife 2026) avec la protection des données personnelles des patients, citée comme un frein majeur par 67 % des professionnels de santé ?

Doctolib, qui revendique 70 millions d’utilisateurs et une position dominante sur le marché français de la prise de rendez-vous médicaux, joue une partie délicate. Alors que le laboratoire de recherche doit ouvrir en août, les regards sont tournés vers la CNIL pour connaître sa position sur le dispositif.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici