La FDA a autorisé le 25 août 2026 le premier capteur glucose cétones en continu, le Libre Duo 10 Day d’Abbott. Il est indiqué chez les personnes diabétiques dès l’âge de 2 ans. Les cétones, dont la montée annonce l’acidocétose, ne se mesuraient jusqu’ici qu’au coup par coup. Reste ce qui décidera de l’utilité du capteur, ce qu’un patient fait du chiffre affiché.
En résumé
Le premier capteur glucose cétones du marché est une prouesse technique incontestable. Son intérêt clinique, lui, se jouera après la mise en vente.
1. La FDA a autorisé le capteur le 25 août 2026, par la voie De Novo. Six études cliniques réunissant plus de 600 participants ont été soumises. L’appareil lit le glucose et les cétones sous la peau, chaque minute, pendant dix jours.
2. Le manque comblé est réel. Sous inhibiteur SGLT2, une acidocétose peut s’installer alors que la glycémie reste proche de la normale. Un capteur de glucose seul ne la voit pas venir.
3. Les études soumises mesurent la justesse de la mesure, pas la baisse des hospitalisations. Le consensus international de référence fixe un seuil d’alarme à 3,0 mmol/L en reconnaissant que les preuves manquent pour l’étayer.
4. Chez l’enfant, 68,8 % des capteurs tiennent les dix jours, contre 84,1 % chez l’adulte, d’après les données d’Abbott. Le capteur est autorisé dès 2 ans.
Un capteur glucose cétones, une mesure par minute
Le Libre Duo 10 Day se porte sur le bras. Il lit deux molécules dans le liquide situé sous la peau, chaque minute, jour et nuit. Les valeurs partent vers un smartphone, avec le sens de la tendance. Une alerte se déclenche quand les cétones atteignent un niveau jugé préoccupant. La FDA a délivré l’autorisation le 25 août 2026, pour les diabétiques de 2 ans et plus. Elle a emprunté la voie De Novo, après une désignation breakthrough device.
C’est une première mondiale au sens strict. Aucun appareil ne surveillait jusqu’ici les cétones en continu, et aucun ne réunissait les deux mesures dans un seul capteur.
Chris Scoggins, vice-président exécutif de l’activité diabète d’Abbott, résume l’intention par une image de tableau de bord. Le glucose serait le compteur de vitesse, les cétones le voyant moteur. La comparaison dit bien le rôle attendu, une surveillance de fond qui ne se manifeste que lorsque quelque chose cloche.
Le reste tient à l’écosystème déjà installé. Le capteur utilise l’application Libre américaine et ses outils de partage vers les soignants et les proches. Deux pompes en boucle fermée doivent devenir compatibles d’ici la fin de l’année, l’iLet de Beta Bionics et le twiist de Sequel Med Tech. Insulet, Tandem et MiniMed suivraient en 2027.
Le repère · Cétones, acidocétose, autorisation De Novo
• Cétones : des composés que l’organisme fabrique quand il brûle des graisses, faute de sucre disponible dans les cellules. On les mesure en millimoles par litre de sang. Le consensus international place l’alarme au-dessus de 3,0 mmol/L.
• Acidocétose diabétique : l’accumulation de ces composés, qui acidifie le sang. Elle peut s’installer en quelques heures et engager le pronostic vital sans traitement.
• Autorisation De Novo : la voie américaine réservée à un dispositif d’un type nouveau, à risque faible à modéré, sans équivalent déjà autorisé. La FDA fixe au passage les exigences que devront respecter les appareils suivants.
Ce qu’il faut retenir : une autorisation De Novo atteste que l’appareil mesure juste et se vend sans risque déraisonnable. Elle ne dit rien du nombre d’hospitalisations évitées.
Ce qu’une glycémie seule ne voit pas venir
L’acidocétose diabétique est la complication aiguë que ce capteur vise, et elle progresse. Abbott cite une hausse de 55 % des hospitalisations pour cette cause en dix ans, d’après une revue parue dans Diabetes Care en 2024. Une analyse britannique de 23 années de données a été présentée au congrès ATTD en mars 2026. Le fabricant la cite : incidence multipliée par trois chez les adultes de type 1, par six chez les personnes de type 2. Ces éléments viennent de notes de communiqué et d’une communication de congrès. Pas encore d’un article que l’on peut ouvrir en entier.
Le problème pratique, lui, est bien documenté. Les recommandations demandent de tester les cétones en cas de maladie ou de glycémie élevée. Mais la majorité des patients n’ont pas de lecteur de cétones sanguines chez eux. Le constat vient d’un travail de 2017 publié dans Diabetes Care, auquel Abbott renvoie. Les premiers signes ressemblent en outre à ceux d’une infection ordinaire, ce qui retarde la prise en charge.
Le cas qui justifie le mieux ce capteur est celui des inhibiteurs SGLT2, ces médicaments hypoglycémiants aujourd’hui très prescrits. Sous ce traitement, une acidocétose peut se développer alors que la glycémie paraît stable. Le meilleur capteur de glucose du marché ne verra rien.
La mesure du glucose en continu s’est banalisée. Abbott revendique plus de 8 millions d’utilisateurs dans plus de 60 pays. Elle a même débordé du diabète vers le sport, avec les capteurs de glucose pour sportifs. Ajouter une seconde molécule au même patch est la première extension de ce qu’un tel appareil regarde.
Chez l’enfant, un capteur sur trois n’atteint pas le dixième jour
Le communiqué d’Abbott renvoie, en note de bas de page, à une étude de durée de port. Elle donne 84,1 % de capteurs allant au terme des dix jours chez l’adulte, et 68,8 % chez l’enfant. Autrement dit, près d’un capteur pédiatrique sur trois s’arrête avant l’échéance.
Le chiffre pèse parce que la pédiatrie est le cœur de cible affiché. Le Libre Duo 10 Day est autorisé dès 2 ans. C’est la version courte, celle de dix jours, qu’Abbott destine aux enfants et aux adolescents. Un capteur qui lâche au septième jour, c’est une surveillance interrompue chez celui qui en a le plus besoin. Et un remplacement à obtenir.
Ce qui lèverait la réserve est simple à formuler. Il faudrait publier cette étude de durée de port, avec ses effectifs et les causes de décollement. Puis des données d’usage réel, une fois le produit lancé.
Un chiffre s’affiche, et ensuite ?
Le consensus international sur la surveillance continue des cétones a été publié en janvier 2026 dans The Lancet Diabetes & Endocrinology, sous l’égide de Breakthrough T1D. Il fixe un vocabulaire commun et un seuil d’alarme à 3,0 mmol/L. Ses auteurs écrivent avoir travaillé sans preuves substantielles pour identifier les bons seuils. Le repère existe donc, sa base expérimentale reste mince.
Rayhan Lal, endocrinologue à Stanford, rappelle auprès de MedTech Dive que la cétone est un marqueur peu spécifique. Elle signale que l’organisme puise dans les graisses, pas nécessairement qu’il manque d’insuline. Il cite le cas d’un enfant dont les cétones franchissaient le seuil d’action. Le garçon recevait assez d’insuline : il avait joué au football toute la journée.
Abbott le reconnaît dans ses informations de sécurité américaines. L’alarme cétones urgentes peut manquer certains épisodes au-dessus de 3,0 mmol/L. Une glycémie capillaire reste la référence quand les valeurs ne collent pas aux symptômes. Deux choses lèveraient cette seconde réserve. Un protocole écrit, côté soignants, sur la conduite à tenir à chaque niveau. Et un essai qui montre moins d’hospitalisations, alors qu’aucune des six études soumises ne portait sur ce critère.
L’Europe a le marquage CE, pas encore le prix
Le marquage CE est acquis depuis le 27 mai 2026, pour deux appareils. Le Libre Duo tient quinze jours et vise les adultes de 18 ans et plus. Le Libre Duo 10 Day tient dix jours, dès 2 ans. Robert Ford, le PDG d’Abbott, a annoncé en juillet un lancement international à l’automne, sans liste de pays. Rien n’a été publié sur une disponibilité française, une date ou une prise en charge.
Aucun prix n’est annoncé non plus, d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique. Abbott renvoie la question aux organismes payeurs. C’est pourtant là que se jouera l’accès réel. Sans remboursement adossé, un capteur double plus cher qu’un capteur simple resterait l’affaire de ceux qui peuvent payer la différence.
Le capteur glucose cétones, lui, a franchi sa marche technique. Le reste se décide en pharmacie et dans les commissions de remboursement.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Libre Duo 10 Day d’Abbott ?
C’est un capteur porté sur le bras qui mesure en continu le glucose et les cétones dans le liquide situé sous la peau, une fois par minute, pendant dix jours. Il transmet les valeurs à un smartphone et déclenche une alerte quand les cétones montent. La FDA l’a autorisé le 25 août 2026 pour les personnes diabétiques de 2 ans et plus.
Le capteur glucose cétones est-il disponible en France ?
Pas à ce jour. Abbott a obtenu le marquage CE le 27 mai 2026 et annonce un lancement dans certains pays européens à l’automne, sans préciser lesquels. Ni le prix ni les conditions de remboursement ne sont connus.
Un capteur de cétones remplace-t-il la piqûre au doigt ?
Non. Abbott indique dans ses informations de sécurité qu’une mesure sanguine reste la référence lorsque les valeurs du capteur ne correspondent pas aux symptômes, et que l’alarme cétones peut manquer certains épisodes. Le capteur sert à repérer une montée plus tôt, pas à supprimer le contrôle.
Pourquoi mesurer les cétones quand on surveille déjà sa glycémie ?
Parce que les deux ne montent pas toujours ensemble. Sous inhibiteur SGLT2, une acidocétose peut se déclarer avec une glycémie proche de la normale, une situation qu’un capteur de glucose seul ne détecte pas.
Les sources
- FDA, FDA Authorizes First Wearable Device That Continuously Monitors Both Ketone Levels and Blood Sugar, 25 août 2026.
- Abbott, communiqué sur l’autorisation FDA du Libre Duo 10 Day, 25 août 2026.
- Abbott, communiqué sur le marquage CE des systèmes Libre Duo, 27 mai 2026.
- Dhatariya K. et al., Continuous ketone monitoring for people with diabetes: international expert recommendations on the application of a new technology, The Lancet Diabetes & Endocrinology, janvier 2026.
- MedTech Dive, 5 questions on Abbott’s glucose-ketone sensors, 19 août 2026.






























