Afficher la profondeur et les paliers directement dans le champ de vision du plongeur : c’est la promesse d’AREX ONE, masque de plongée à réalité augmentée développé par la société hongkongaise Arexvision. Le prototype est fonctionnel. Les certifications, elles, ne le sont pas encore.
En résumé
AREX ONE déplace l’ordinateur de plongée du poignet vers le champ de vision. L’idée est solide, le dossier technique reste très incomplet.
1. L’algorithme n’a rien de neuf. Le calcul de décompression repose sur ZHL-16C avec gradient factors, le modèle Bühlmann qui équipe déjà la quasi-totalité des ordinateurs de plongée du marché.
2. L’IA embarquée n’est pas documentée. Le module d’identification des espèces marines tourne en local, sans cloud, mais Arexvision ne publie aucun taux de reconnaissance ni condition de test.
3. Aucune norme n’est obtenue. Le constructeur affiche EN 250 et EN 13139 « en attente », pour un équipement dont la défaillance se paie à 120 mètres.
Un masque de plongée à réalité augmentée, un algorithme classique
Le principe du masque de plongée à réalité augmentée tient en une phrase. Toutes les données que le plongeur lit aujourd’hui sur son ordinateur de poignet, profondeur, temps restant sans palier, pression de la bouteille via un émetteur externe, s’affichent sur un bandeau optique intégré au masque. Le calcul de décompression, lui, ne change pas : Arexvision annonce ZHL-16C avec gradient factors, un modèle publié dans les années 1990 et devenu le standard de fait de l’industrie.
L’innovation ne porte donc pas sur la sécurité calculée. Elle porte sur l’endroit où l’information atterrit. Le même pari que celui des lunettes connectées de sport, transposé à un environnement où lever le poignet coûte du temps et de l’attention.
Le repère · Qu’est-ce que ZHL-16C ?
ZHL-16C est un modèle mathématique de décompression mis au point par le physiologiste suisse Albert Bühlmann. Il simule la saturation de seize compartiments théoriques du corps en azote, et en déduit la vitesse à laquelle un plongeur peut remonter sans former de bulles. Les « gradient factors » sont un réglage de prudence ajouté par-dessus : ils resserrent volontairement les limites du modèle.
Ce qu’il faut retenir : ZHL-16C est un modèle statistique, pas une mesure du corps du plongeur. Un affichage plus lisible ne rend pas le calcul plus juste.
L’IA embarquée, argument séduisant et non vérifié
Un module optionnel, le Marine ID Scanner, identifie les espèces croisées grâce à des modèles de vision par ordinateur exécutés sur l’appareil, sans connexion. Le choix technique se défend : à 30 mètres, aucun réseau. Arexvision annonce d’ailleurs une application compagnon, Arexvision Dive, construite autour de ces algorithmes locaux.
Reste que la société ne publie ni taux de reconnaissance, ni base d’apprentissage, ni conditions de turbidité testées. Le même flou entoure la lampe asservie au regard et le suivi de pression du bloc. Sur un produit de loisir, la question serait secondaire. Sur un équipement présenté comme un outil de sécurité, elle ne l’est pas.
Ce que le constructeur ne dit pas encore
La fiche technique annonce 120 mètres de profondeur et 40 heures d’autonomie, avec les normes EN 250 et EN 13139 mentionnées « en attente ». Autrement dit, le masque n’est pas certifié pour l’usage qu’il revendique. Le site ne donne ni prix, ni calendrier ferme, et renvoie vers une campagne Kickstarter à venir assortie d’une remise de 40 % pour les premiers inscrits.
Une question de fond reste ouverte, et elle vaut pour tous les affichages tête haute portés en environnement contraint : un bandeau permanent devant les yeux allège-t-il la charge mentale du plongeur, ou capte-t-il son attention au mauvais moment ? Aucune donnée publiée ne permet de trancher pour ce produit. Cette question de l’attention revient dans la plupart des équipements de sportech portés en pleine action.
Vigilance
Le financement participatif transfère le risque industriel au client. Un prototype filmé en piscine n’a pas la même valeur qu’un équipement passé au banc d’essai EN 250.
Qu’est-ce qu’un masque de plongée à réalité augmentée ?
C’est un masque qui intègre un affichage optique projetant les données de plongée dans le champ de vision : profondeur, temps restant sans palier, durée d’immersion, pression de la bouteille. Il remplace la consultation d’un ordinateur porté au poignet.
AREX ONE est-il certifié pour la plongée ?
Non. Arexvision indique sur sa fiche technique que les normes EN 250 et EN 13139 sont « en attente ». Tant que ces certifications ne sont pas obtenues, le produit ne peut pas être considéré comme un équipement de sécurité homologué.
Quand AREX ONE sera-t-il disponible ?
Aucune date n’est communiquée. Le site annonce une campagne Kickstarter sans calendrier précis et ne publie aucun prix, seulement une remise de 40 % réservée aux inscrits de la première heure.
Porter le capteur au plus près du regard est une piste sérieuse, en plongée comme partout où lever les yeux coûte cher. Mais un dispositif dont la panne se paie sous l’eau ne se juge pas sur une vidéo de prototype. Tant qu’EN 250 n’est pas obtenue, AREX ONE reste un objet à suivre, pas un équipement sur lequel confier sa remontée.
Les sources
- Arexvision. AREX ONE, AR Dive Computer Mask, fiche produit et spécifications techniques, consultée le 3 août 2026.
- Arexvision Co. Limited. Arexvision Dive, mobile software for the underwater world, consultée le 3 août 2026.
- James Dyson Award 2026. AREX AR Dive Mask, fiche projet.






























